Lorsque nous avons déjà beaucoup travaillé sur nous-mêmes, il est naturel de vouloir continuer à avancer.
Nous lisons un nouveau livre, découvrons une autre approche, nous intéressons à une nouvelle pratique. Nous cherchons à comprendre davantage, à trouver l'explication qui nous aurait échappé, la clé qui nous permettrait enfin de dépasser ce qui continue à nous faire souffrir.
Et ces recherches peuvent être précieuses. Elles nous ouvrent des perspectives, nous permettent de découvrir d'autres façons de nous comprendre et parfois de faire émerger des prises de conscience importantes. Mais il arrive aussi que, de recherche en recherche, nous finissions par accumuler les connaissances sans parvenir à vivre les choses autrement.
Nous comprenons de mieux en mieux pourquoi nous fonctionnons d'une certaine manière, nous identifions nos mécanismes, nous reconnaissons nos blessures… et pourtant, nous continuons parfois à nous juger, à nous demander pourquoi nous n'arrivons pas à changer ou à attendre de nous-mêmes que nous réagissions différemment.
Comme si la prochaine réponse se trouvait forcément quelque part, dans un nouveau livre, une nouvelle méthode ou une nouvelle explication.
Et si, à ce stade de votre cheminement, la question n'était plus seulement de savoir ce que vous avez encore besoin de comprendre ?
Et si elle devenait aussi : comment est-ce que je me regarde, aujourd'hui, avec tout ce que j'ai compris de moi-même ?
Car il est possible de connaître son histoire, d'identifier certains mécanismes et de comprendre l'origine de ses réactions, tout en continuant à se reprocher de les avoir.
Nous pouvons savoir pourquoi nous avons appris à nous adapter aux autres, tout en nous en voulant de ne pas réussir à poser nos limites. Nous pouvons comprendre d'où viennent certaines peurs, tout en nous jugeant de les ressentir encore. Nous pouvons avoir identifié nos fragilités et continuer à croire qu'elles disent quelque chose de négatif sur nous.
Dans ces moments-là, ce n'est peut-être pas une explication supplémentaire qui nous manque. Il peut être nécessaire d'explorer une autre dimension de notre cheminement : la relation que nous entretenons avec nous-mêmes.
Apprendre à reconnaître ce que nous avons traversé sans nous réduire à notre histoire. Accueillir nos réactions sans nous définir uniquement par elles. Comprendre que certaines manières de fonctionner ont pu se construire au fil de nos expériences, sans pour autant devoir continuer à nous juger pour cela.
C'est là qu'un autre mouvement peut commencer : celui de la réconciliation avec soi.
Non pas renoncer à évoluer, ni tout accepter sans chercher à changer. Mais cesser de faire de nous-mêmes le problème à résoudre, pour commencer à nous considérer avec davantage de compréhension, de respect et de justesse.
Parfois, avancer ne consiste donc pas à chercher encore une nouvelle réponse à l'extérieur. Cela peut aussi consister à prendre le temps de rencontrer autrement celle que nous sommes devenues, avec notre histoire, nos ressources, nos fragilités et nos possibilités d'évolution.